Tendinopathies : comment la prise en charge a changé en 10 ans

Rédigé par Nicolas LEROUSSEAU
Kinésithérapeute, Spécialiste des membres supérieurs

Repos, glace, ultrasons : il y a encore dix ans, c’était souvent la réponse standard face à une tendinopathie. Aujourd’hui, les données scientifiques ont profondément modifié la compréhension du tendon et, avec elle, les stratégies de prise en charge en kinésithérapie. Ce que vous faisiez en 2014 n’est probablement plus ce que vous devriez faire en 2025.

Sommaire
Formation kiné sur les tendinopathies des membres inférieurs

Il y a 10 ans, on parlait de tendinite inflammatoire

Le vocabulaire donnait le ton. Tendinite, micro-déchirures, tendon fragile à protéger : ce cadre conceptuel orientait directement vers une prise en charge passive et prudente. La priorité était de protéger, pas de charger.

Concrètement, cela se traduisait par trois grandes habitudes cliniques.

Le repos prolongé comme réponse de première intention

Le patient arrêtait le sport, la course, les sauts, la musculation. Parfois plusieurs semaines. Le problème, que l’on comprend mieux aujourd’hui, est que le tendon devenait parfois encore moins tolérant à la charge à l’issue de cette période d’évitement. La décharge prolongée n’est pas neutre sur le plan tissulaire : elle réduit la capacité du tendon à s’adapter aux contraintes mécaniques.

Les thérapies passives en première ligne

Ultrasons, massages transverses profonds, électrothérapie, cryothérapie isolée : ces approches pouvaient soulager temporairement, mais avec des effets souvent limités sur le long terme. Les méta-analyses récentes sur les tendinopathies achilléennes, rotulienne et glutéale confirment que les interventions passives seules sont insuffisantes pour obtenir des résultats durables sur la douleur et la fonction.

Les étirements quasi automatiques

Ils étaient prescrits presque systématiquement, y compris sur des tendons très irritables. On sait aujourd’hui qu’ils ne sont pas toujours indiqués en phase douloureuse importante, et que leur bénéfice propre dans les tendinopathies est discutable comparé à la charge progressive.


La formation Skeals vous permet de structurer une progression de charge individualisée, de l’évaluation de la tolérance mécanique jusqu’à la réintroduction des impacts spécifiques au sport.

Voir la formation Tendinopathies des membres inférieurs
évolution de la prise en charge des tendinopathies en kinésithérapie — Skeals
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Le terme « tendinopathie » a progressivement remplacé « tendinite ». Ce n’est pas qu’un changement sémantique : c’est un changement de modèle. Le tendon n’est plus vu uniquement comme inflammé. Les recherches modernes décrivent plutôt une désorganisation du collagène, une altération de la matrice tendineuse, une diminution de la capacité de charge et des phénomènes neurophysiologiques complexes.

Sur le plan cellulaire, lorsque la contrainte mécanique est adaptée, le tendon répond par un épaississement et une augmentation de sa raideur, permettant une meilleure résistance aux charges appliquées. Lorsque la contrainte persiste de manière inadaptée, la pathologie évolue vers une désorganisation matricielle avec séparation des fibres de collagène. La charge progressive, bien dosée, a pour objectif de redémarrer ce processus d’adaptation.

Un point important sur la relation structure-douleur : certaines personnes présentent des tendons très pathologiques à l’imagerie sans douleur, d’autres l’inverse. La douleur n’est pas un reflet exact de l’état structurel du tendon. L’imagerie seule ne guide donc pas toujours le traitement, et cette dissociation structure-douleur justifie une approche clinique multidimensionnelle plutôt qu’une décision basée sur l’échographie seule.

La charge progressive comme traitement de référence

Les données récentes montrent que les programmes d’exercices progressifs restent le traitement de référence dans la majorité des tendinopathies. Une revue systématique et méta-analyse de Maetz et al. (2023), portant sur les essais contrôlés randomisés dans la tendinopathie achilléenne de la partie moyenne, confirme la supériorité des protocoles de charge active sur les modalités passives seules.

Ce que l’on adapte aujourd’hui : l’intensité, le volume, la vitesse d’exécution, la fréquence et les temps de récupération. Le tendon a besoin de charge, mais d’une charge adaptée au profil du patient et au stade de la tendinopathie.

Le Heavy Slow Resistance (HSR)

Le renforcement lourd et lent est devenu un outil central pour le tendon rotulien, le tendon d’Achille et les tendinopathies proximales. L’étude de Beyer et al. (2015) comparant HSR et protocole excentrique seul dans la tendinopathie achilléenne montre des résultats fonctionnels comparables à 12 semaines, mais avec une meilleure satisfaction des patients dans le groupe HSR et une observance supérieure.

Des données complémentaires sur la tendinopathie rotulienne suggèrent que le HSR est associé à une réduction du signal Doppler et à une plus grande évidence de turnover collagénique, des changements non observés avec l’entraînement excentrique seul. Ce sont des arguments mécanistiques en faveur d’une adaptation tissulaire plus profonde.

C’est dans ce contexte que la formation Tendinopathies des membres inférieurs de Skeals détaille les protocoles HSR applicables en cabinet, avec les critères de progression et les indicateurs de tolérance à surveiller.

Les isométriques pour moduler la douleur

Les contractions isométriques sont utiles cliniquement pour diminuer la douleur à court terme chez certains patients, notamment en phase irritable ou en période compétitive. Rio et al. (2017) ont montré, dans un essai clinique en saison, que les contractions isométriques étaient plus analgésiques que les contractions isotoniques pour la douleur du tendon rotulien.

Les résultats scientifiques sont aujourd’hui plus nuancés qu’au moment des premières publications enthousiastes : l’effet analgésique n’est pas universel et son mécanisme reste débattu. Mais les isométriques restent utiles pour certains profils, en particulier pour permettre de maintenir une stimulation mécanique du tendon quand la douleur limite le travail en charge dynamique.

La réintroduction structurée des impacts

Avant, on évitait longtemps les sauts et la course. Aujourd’hui, on réintroduit progressivement la pliométrie, le stockage et la restitution d’énergie et les impacts spécifiques au sport. Le tendon doit être préparé aux contraintes réelles de la pratique. Un protocole de charge progressif structuré, isométrique, isotonique lent, isotonique rapide, pliométrique, retour au sport, permet de couvrir l’ensemble du spectre des sollicitations auxquelles le tendon sera soumis.

Approche Années 2010 Aujourd’hui Niveau de preuve
Traitement de première intention Repos + thérapies passives Charge progressive adaptée Méta-analyses (Maetz 2023, Cordeiro 2024)
Renforcement Excentrique seul (protocole Alfredson) HSR + excentrique selon profil ECR (Beyer 2015)
Modulation de la douleur Glace, électrothérapie, AINS Isométriques ciblées selon profil ECR (Rio 2017), nuances à intégrer
Retour aux impacts Évitement prolongé Réintroduction structurée (pliométrie) Consensus clinique (Mascaró 2018)
Rôle du patient Receveur de soins passifs Acteur de sa progression Éducation thérapeutique (consensus)
Imagerie Guidait souvent les décisions Insuffisante seule (dissociation structure-douleur) Revues narratives

Sources : [1] Maetz et al. 2023 doi.org/10.1177/23259671231171178 · [2] Beyer et al. 2015 doi.org/10.1177/0363546515584760 · [3] Rio et al. 2017 · [4] Mascaró et al. 2018 doi.org/10.1016/j.apunts.2017.11.005

La dimension neurophysiologique et psychologique

Les tendinopathies chroniques impliquent parfois une sensibilisation centrale, une peur du mouvement, une diminution de la confiance dans le tendon et des comportements d’évitement. Ces phénomènes peuvent maintenir ou amplifier la douleur indépendamment de l’état tissulaire.

La prise en charge moderne intègre donc une dimension éducative forte : le patient comprend sa douleur, sa signification et son caractère non proportionnel à la lésion. Il suit une progression de charge et participe activement à sa récupération. L’éducation thérapeutique n’est plus un complément facultatif, c’est un levier central de la prise en charge.

Des programmes de rééducation sensori-motrice ont également montré des effets positifs sur la douleur et les résultats fonctionnels dans la tendinopathie achilléenne (Kim et al., 2024), soulignant l’importance d’une approche qui ne se limite pas à la mécanique pure.

Les thérapies passives : quel rôle aujourd’hui ?

Elles n’ont pas totalement disparu. Mais elles sont désormais considérées comme des outils complémentaires, parfois utiles pour moduler les symptômes, rarement suffisantes seules. Une revue systématique et méta-analyse de Ragone et al. (2024) sur la tendinopathie rotulienne confirme que les techniques de tissu mou et les exercices combinés peuvent apporter un bénéfice additionnel, mais que les exercices restent la composante indispensable. Les thérapies passives isolées ne constituent plus le socle d’une prise en charge moderne.

✅ À faire

  • Introduire une charge mécanique adaptée dès le début de la prise en charge
  • Utiliser le HSR comme outil central pour tendon rotulien, achilléen et tendinopathies proximales
  • Proposer des isométriques en phase irritable pour maintenir une stimulation mécanique sans aggraver la douleur
  • Planifier la réintroduction progressive des impacts spécifiques au sport (pliométrie)
  • Intégrer l’éducation thérapeutique : expliquer la dissociation structure-douleur, le rôle de la charge, la normalité de certaines douleurs pendant l’exercice
  • Individualiser le dosage selon le profil du patient (stade, irritabilité, contexte sportif)

❌ À éviter

  • Prescrire un repos prolongé en première intention
  • Baser les décisions cliniques sur l’imagerie seule
  • Multiplier les thérapies passives sans les intégrer à une progression de charge
  • Étirer systématiquement un tendon en phase très irritable
  • Éviter durablement les impacts sans plan de réintroduction structuré
  • Négliger la composante neurophysiologique et psychologique (peur du mouvement, évitement)

À retenir

  • Il y a 10 ans, on parlait de « tendinite » et le repos prolongé était la réponse de première intention ; les thérapies passives occupaient une place centrale avec des effets souvent limités sur le long terme.
  • Aujourd’hui, la charge progressive est le traitement de référence dans la majorité des tendinopathies, confirmé par plusieurs méta-analyses récentes.
  • Le HSR (renforcement lourd et lent) est largement utilisé pour le tendon rotulien, d’Achille et les tendinopathies proximales, avec une meilleure observance que le protocole excentrique seul.
  • La douleur tendineuse est multifactorielle : imagerie, neurophysiologie et psychologie sont à intégrer, l’imagerie seule ne guide pas le traitement.
  • Le patient est acteur de sa récupération : l’éducation thérapeutique est un levier central, pas un complément facultatif.

La formation Skeals « Tendinopathies des membres inférieurs » vous permet de structurer une prise en charge progressive et individualisée : évaluation de la tolérance à la charge, programmes HSR, réintroduction des impacts et éducation du patient.

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