Combien de fois avez-vous reçu une ordonnance mentionnant "rééducation pour conflit sous-acromial" ? Le problème : ce diagnostic n'existe plus dans la littérature scientifique récente. Le CPG JOSPT 2025 vient de confirmer ce changement de paradigme, et continuer à baser une rééducation sur ce modèle génère des prises en charge inadaptées, des patients inquiets et des retards de récupération.

Adieu "conflit sous-acromial", bonjour RCRSP

Depuis Lewis (2016) et Salamh & Lewis (2020), la terminologie a évolué. Le terme recommandé est désormais RCRSP (Rotator Cuff Related Shoulder Pain), ou syndrome douloureux sous-acromial (SAPS). Ce changement de nom n'est pas cosmétique : il reflète un changement de modèle explicatif complet.

L'ancien modèle reposait sur une mécanique simple : l'acromion "pince" les tendons, il faut libérer l'espace par l'acromioplastie ou éviter les mouvements au-dessus de l'épaule. Ce cadre a guidé des décennies de prescriptions et de chirurgies. Le modèle actuel est radicalement différent : la douleur est multifactorielle (surcharge, facteurs biopsychosociaux, sensibilisation centrale), et l'exercice progressif est le traitement de première ligne, pas la chirurgie.

Le CPG JOSPT 2025 (Desmeules et al.) l'affirme sans ambiguïté : en l'absence de précision diagnostique suffisante, qu'elle soit clinique ou par imagerie, aucune structure spécifique de l'épaule ne peut être désignée comme source définitive des symptômes. Ce constat justifie le passage d'un modèle purement mécanique vers une approche biopsychosociale de la douleur d'épaule.

Modèle Explication de la douleur Traitement privilégié Rôle du kiné
Ancien (impingement) Conflit mécanique acromion/tendons Acromioplastie, repos, évitement au-dessus de la tête Libérateur mécanique de l'espace sous-acromial
Actuel (RCRSP) Douleur multifactorielle : surcharge, biopsychosocial, sensibilisation Exercice progressif adapté, éducation, gestion de la charge Acteur central de la progression et de l'autonomisation

Sources : [1] Desmeules F. et al., JOSPT 2025 doi:10.2519/jospt.2025.13182 · [2] Lewis J., Man Ther. 2016 doi:10.1016/j.math.2016.03.009

Ce repositionnement a une conséquence directe sur votre posture clinique : reprendre le terme "conflit" de l'ordonnance sans le remettre en question, c'est ancrer chez le patient une représentation de son épaule comme structurellement abîmée, ce qui nourrit la kinésiophobie et freine la récupération.

La formation Skeals "L'Épaule : de la science au cabinet" intègre ce changement de paradigme dans l'ensemble du raisonnement clinique proposé, de l'évaluation initiale jusqu'à la progression d'exercices.


La prochaine session a lieu les 18 et 19 septembre 2026 à Hyères. Les places sont limitées.

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Les tests cliniques de l'épaule : utiles en cluster, insuffisants seuls

Une étude publiée dans JOSPT Open en juin 2025, revue rétrospective de 125 dossiers de patients pris en charge en kinésithérapie pour un RCRSP, révèle que 78 % des kinés utilisent au moins un test spécial à l'évaluation initiale, le Hawkins-Kennedy arrivant en tête (81 évaluations sur 125), suivi du Drop Arm (63) et de l'Empty Can (48).

Ce chiffre n'est pas surprenant. Ces tests font partie de la formation initiale et font sens cliniquement. Le problème n'est pas de les utiliser, c'est de leur faire porter plus de poids diagnostique qu'ils ne peuvent en supporter.

Test Sensibilité Spécificité Interprétation clinique
Hawkins-Kennedy 50 à 79 % 18 à 44 % Sensible, peu spécifique, beaucoup de faux positifs
Neer 56 à 72 % 25 à 46 % Performances proches de Hawkins, même limite
Empty Can (Jobe) 56 à 89 % 14 à 46 % Grande variabilité selon les études
Painful Arc 72 à 90 % 35 à 44 % Meilleure sensibilité, spécificité encore insuffisante seule
Bear Hug (subscapulaire) 76 % 75 % Meilleur rapport sensibilité/spécificité du tableau

Sources : [1] Salamh P., Lewis J., JOSPT 2020 doi:10.2519/jospt.2020.0606 · [2] Desmeules F. et al., JOSPT 2025 doi:10.2519/jospt.2025.13182

La leçon n'est pas d'abandonner ces tests, mais de ne jamais s'arrêter à un seul test positif. Salamh & Lewis (2020) le formulent clairement : les spécificités sont trop faibles pour permettre un diagnostic isolé. La recommandation est de raisonner en cluster de tests et d'intégrer systématiquement le contexte clinique complet : anamnèse, profil psychosocial, amplitude articulaire mesurée, testing de force objectif.

Autre point de vigilance : toujours examiner le rachis cervical (C4-C6). Une radiculopathie C5 peut parfaitement mimer une pathologie d'épaule, et la participation du rachis cervical et thoracique est reconnue comme facteur contributif au RCRSP par le CPG 2025. L'examen cervical n'est pas optionnel dans un bilan épaule rigoureux.

Ce que le CPG 2025 recommande concrètement

Le CPG JOSPT 2025 structure la prise en charge du RCRSP autour de quatre phases séquentielles. Ce cadre transforme le raisonnement clinique : on ne traite plus un "conflit" avec des manoeuvres de libération, on accompagne une progression de charge adaptée à la tolérance du patient.

Phase 1, Évaluation : anamnèse précise, contexte biopsychosocial, ROM mesuré, tests combinés de la coiffe, élimination des diagnostics différentiels (pathologie cervicale C4-C5, arthrose acromio-claviculaire, tendinopathie du long biceps, instabilité, capsulite) et identification des drapeaux rouges.

Phase 2, Éducation : déconstruire la peur du mouvement. Expliquer le RCRSP en termes simples. Modifier les activités, pas les interdire. Ce que vous pouvez dire à votre patient : "Ce qu'on appelle 'conflit', c'est en réalité une zone de votre épaule qui est surchargée et irritée. Votre articulation n'est pas abîmée de façon irréversible. Les tendons ont besoin d'être rechargés progressivement, et le meilleur moyen de le faire, c'est l'exercice actif, pas le repos."

Phase 3, Exercice progressif : contrôle moteur scapulaire, renforcement de la coiffe progressif, intégration fonctionnelle. Le CPG 2025 précise qu'aucun protocole d'exercice n'est supérieur à un autre, c'est la progression de charge adaptée à la tolérance qui prime. Les méta-analyses sur plus de 20 essais cliniques montrent un effet modéré sur la force, notamment en rotation externe.

Phase 4, Autonomisation : programme à domicile, critères de retour au sport ou au travail, suivi via outils validés (DASH, WORC), réduction progressive de la dépendance aux soins.

Sur l'imagerie : le CPG 2025 est explicite. Elle n'est pas nécessaire au bilan initial. Le délai recommandé est de 12 semaines sans amélioration avant de l'envisager. La chirurgie ne doit être envisagée qu'après 6 mois minimum de kinésithérapie bien conduite.

Pour structurer ce raisonnement en 4 phases dans votre pratique quotidienne, la formation épaule de Skeals propose une progression d'exercices directement basée sur le CPG JOSPT 2025, avec les tests combinés et les critères de progression.

✅ À faire

  • Remplacer le terme "conflit sous-acromial" par RCRSP dans votre raisonnement et avec vos patients
  • Raisonner en cluster de tests, jamais sur un seul test positif isolé
  • Réaliser un bilan complet : anamnèse, contexte biopsychosocial, ROM mesuré, testing de force objectif
  • Examiner systématiquement le rachis cervical (C4-C6) pour éliminer une radiculopathie
  • Prescrire l'exercice progressif adapté à la tolérance comme traitement de première ligne (Grade A)
  • Intégrer l'éducation thérapeutique individualisée comme composante thérapeutique à part entière
  • Attendre 12 semaines sans amélioration avant d'envisager l'imagerie

❌ À éviter

  • Reprendre le terme "conflit" de l'ordonnance sans le remettre en question
  • S'arrêter à un seul test positif pour poser un diagnostic
  • Prescrire l'imagerie systématiquement en première intention
  • Envisager la chirurgie avant 6 mois de kinésithérapie bien conduite
  • Négliger le profil psychosocial : catastrophisme et kinésiophobie prédisent l'évolution indépendamment de la pathologie structurelle
  • Oublier les drapeaux rouges : douleur nocturne progressive, amaigrissement, antécédent néoplasique, fièvre, déficit neurologique, traumatisme haute énergie

À retenir

  • Le terme "conflit sous-acromial" est dépassé : utilisez RCRSP ou SAPS dans votre raisonnement et avec vos patients.
  • L'exercice progressif adapté à la tolérance est le traitement de première ligne, recommandation forte Grade A (CPG JOSPT 2025).
  • Les tests cliniques sont utiles en cluster, jamais seuls : aucun test n'a une spécificité suffisante pour diagnostiquer isolément.
  • L'imagerie n'est pas nécessaire d'emblée, attendez 12 semaines sans amélioration avant de l'envisager.
  • Ne passez jamais à côté d'une pathologie cervicale (C4-C6) ou d'un drapeau rouge : l'épaule et le cou partagent souvent leurs symptômes.

La formation "L'Épaule : de la science au cabinet" vous donne le raisonnement structuré, les tests combinés et la progression d'exercices basés sur le CPG JOSPT 2025.

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