Quand une douleur lombaire ou fessière chronique cache une endométriose

Rédigé par Nicolas LEROUSSEAU
Kinésithérapeute, Spécialiste des membres supérieurs

Une patiente consulte pour des douleurs lombaires ou fessières chroniques résistantes aux soins classiques. L’imagerie est normale. Le traitement habituel ne change rien. Et si la cause n’était pas orthopédique ? L’endométriose peut toucher directement les structures musculosquelettiques, et le kinésithérapeute peut être le premier à le suspecter.

Sommaire
Endométriose

Une entité clinique enfin identifiée : l’endométriose du système musculosquelettique

Une revue systématique publiée en 2023 dans BMC Women’s Health a analysé plus de 62 études décrivant des cas d’endométriose atteignant directement des structures musculosquelettiques. Cette entité, désormais nommée endométriose du système musculosquelettique (ESMS), recouvre un spectre de localisations bien plus large que ce que la pratique courante laisse supposer.

Les lésions peuvent être retrouvées dans les muscles de la paroi abdominale, les muscles fessiers, le psoas, les muscles de la cuisse, et parfois certaines articulations. En cabinet de kinésithérapie, ces patientes se présentent le plus souvent pour une lombalgie chronique, un syndrome myofascial ou des douleurs pelviennes résistantes, sans que la cause gynécologique ne soit évoquée.

Répartition des localisations musculosquelettiques

Sur les 78 cas analysés dans la revue systématique, la distribution anatomique des lésions d’endométriose musculosquelettique est la suivante :

Localisation Fréquence Présentation clinique typique
Muscles abdominaux 50,7 % Masse palpable, douleur cyclique pariétale
Plancher pelvien 11,6 % Hypertonie, points gâchettes, dyspareunie
Membres inférieurs 11,6 % Sciatalgies cycliques, douleurs de cuisse
Muscles de la hanche 8,7 % Douleur fessière profonde, pseudo-coxalgie
Muscles lombaires 7,2 % Lombalgie chronique résistante
Articulations 5,8 % Douleur articulaire cyclique inexpliquée

Sources : [1] Ye H et al. BMC Women’s Health, 2023. doi:10.1186/s12905-023-02184-8

Un chiffre clé donne la mesure de la réalité clinique : 76,8 % des symptômes locaux étaient liés au cycle menstruel. Ce caractère catameniel est la clé diagnostique la plus souvent manquée, et pourtant l’une des plus accessibles à l’interrogatoire de première intention.

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Pourquoi l’endométriose crée des douleurs musculosquelettiques

L’endométriose ne se limite pas aux localisations pelviennes classiques. Même sans infiltration directe d’une structure musculaire ou articulaire, elle génère des répercussions fonctionnelles que le kinésithérapeute rencontre quotidiennement.

Hypertonie du plancher pelvien et points gâchettes

L’inflammation chronique liée à l’endométriose induit une hypertonie réflexe du plancher pelvien. Une étude publiée dans Archives of Gynecology and Obstetrics en 2023 a montré que chez 80 % des patientes atteintes d’endométriose, des points de déclenchement myofasciaux pouvaient être localisés à l’examen palpateur, le muscle puborectalis étant le plus fréquemment atteint (66,7 % des cas).

Cette hypertonie n’est pas confinée au pelvis : elle se propage aux chaînes musculaires adjacentes, expliquant les douleurs lombaires, fessières et de hanche souvent retrouvées chez ces patientes. C’est précisément ce que détaille la formation Skeals sur la prise en charge kinésithérapique de l’endométriose, avec des protocoles adaptés à ces présentations complexes.

palpation lombaire et fessière dans le cadre d’une endométriose en cabinet — Skeals

Le rôle de la sensibilisation centrale

Au-delà des mécanismes périphériques, l’endométriose entretient une sensibilisation centrale documentée. Les femmes atteintes présentent une dysfonction myofasciale généralisée, avec des seuils de douleur abaissés au-delà des zones lésionnelles. Ce phénomène explique pourquoi la douleur peut persister, voire s’aggraver, même après résection chirurgicale des lésions.

Sur le plan clinique, cela signifie que le traitement purement local ou mécanique reste insuffisant chez une partie de ces patientes. La prise en charge doit intégrer une dimension neuromodulante, ce qui repositionne le kinésithérapeute comme acteur central d’une approche multimodale.


La formation Skeals détaille la prise en charge de ces patientes : dépistage, bilan, techniques adaptées aux présentations musculosquelettiques atypiques.

Voir la formation endométriose

Comment dépister une endométriose en cabinet de kinésithérapie

Le kinésithérapeute n’a pas vocation à poser le diagnostic, mais il peut et doit le suspecter. Un algorithme de dépistage simple à l’interrogatoire permet d’identifier les patientes à orienter vers un gynécologue ou un centre spécialisé.

Les quatre signaux à rechercher systématiquement

Face à toute douleur lombaire, pelvienne, fessière, de hanche ou sciatique chez une femme en âge de procréer, quatre questions structurent le dépistage :

  • Localisation : lombaire, pelvienne, fessière, hanche, sciatalgie inexpliquée
  • Caractère cyclique : la douleur s’aggrave-t-elle pendant les règles ou dans les jours qui précèdent ?
  • Symptômes associés : dysménorrhée, douleurs pelviennes, dyspareunie, fatigue chronique
  • Résistance aux soins : douleur persistante malgré une prise en charge classique bien conduite

La coexistence de ces quatre éléments, et surtout le caractère cyclique, doit déclencher une orientation sans attendre. L’imagerie normale ne doit pas rassurer à tort : dans l’endométriose musculosquelettique, l’IRM standard peut être prise en défaut.

Ce que l’examen clinique peut révéler

Au-delà de l’interrogatoire, la palpation apporte des informations précieuses. La recherche de points gâchettes au niveau du plancher pelvien, des muscles fessiers et des insertions musculaires lombaires peut objectiver une hypertonie et des tensions myofasciales cohérentes avec le tableau clinique. Le muscle puborectalis, fréquemment impliqué, est accessible à la palpation externe et interne pour les kinésithérapeutes formés à la rééducation périnéale.

Ce que la littérature dit sur l’efficacité de la physiothérapie

Une méta-analyse publiée en 2026 dans Pain Medicine (Gökçe Can et al.) a évalué l’efficacité de la physiothérapie sur les douleurs pelviennes associées à l’endométriose. Les résultats confirment l’intérêt d’une approche kinésithérapique structurée, particulièrement en application locale.

Type d’intervention Effet sur la douleur Niveau de preuve Priorité clinique
Electrotherapie et laser (application locale) MD -2,03 (IC -3,9 à -0,14) Modéré Priorité haute, effet le plus important
Exercice thérapeutique Réduction significative Modéré Composante incontournable
Thérapie manuelle et relâchement myofascial Réduction significative Modéré Cible l’hypertonie et les points gâchettes
Rééducation du plancher pelvien Réduction significative Modéré Indiquée si hypertonie confirmée
Exercices respiratoires Bénéfice sur la douleur chronique Faible à modéré Complément neuromodulant utile

Sources : [2] Gökçe Can et al. Pain Medicine, 2026. doi:10.1093/pm/pnaf083

Ces résultats confortent une approche multimodale et individualisée. La physiothérapie agit à la fois sur la composante nociceptive périphérique (hypertonie, points gâchettes, inflammation locale) et sur la sensibilisation centrale, deux mécanismes que la formation spécialisée Skeals met en perspective dans un protocole clinique complet.

✅ À faire

  • Interroger systématiquement sur le caractère cyclique de la douleur chez toute femme en âge de procréer
  • Rechercher les signes associés : dysménorrhée, dyspareunie, douleurs pelviennes, fatigue
  • Palper les muscles fessiers, lombaires et le plancher pelvien à la recherche de points gâchettes
  • Orienter vers un gynécologue ou centre spécialisé en cas de suspicion
  • Proposer une prise en charge multimodale : exercice, thérapie manuelle, relâchement myofascial, rééducation périnéale
  • Intégrer une approche neuromodulante si sensibilisation centrale suspectée

❌ À éviter

  • Conclure à une lombalgie mécanique ordinaire sans avoir interrogé sur le cycle menstruel
  • Se rassurer devant une imagerie normale, l’IRM standard peut être prise en défaut dans l’endométriose musculosquelettique
  • Traiter indéfiniment la composante périphérique sans évoquer la sensibilisation centrale
  • Retarder l’orientation gynécologique en espérant une réponse aux soins classiques

À retenir

  • L’endométriose peut toucher directement les muscles abdominaux, fessiers, lombaires, le plancher pelvien et les membres inférieurs, 62 études en attestent.
  • 76,8 % des symptômes musculosquelettiques liés à l’endométriose sont cycliques : le caractère catameniel est la clé diagnostique la plus accessible à l’interrogatoire.
  • Hypertonie du plancher pelvien, points gâchettes myofasciaux et sensibilisation centrale sont les trois mécanismes que le kinésithérapeute doit identifier et cibler.
  • La physiothérapie réduit significativement la douleur pelvienne associée à l’endométriose, l’application locale (électrothérapie, laser) montre l’effet le plus important (MD -2,03).
  • Le kinésithérapeute peut être le premier professionnel à suspecter le diagnostic : une douleur musculosquelettique cyclique et résistante chez une femme en âge de procréer justifie une orientation gynécologique.

Pour aller plus loin dans la prise en charge de ces patientes : bilan, protocoles et techniques adaptées aux présentations complexes de l’endométriose.

Découvrir la formation endométriose

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